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Comment l'art contemporain peut dynamiser l'industrie culturelle au Maroc - Compte rendu de la conférence à Villa des arts de Casablanca

Durant la conférence "comment l'art contemporain peut dynamiser l'industrie culturelle" organisée par la Fondation ONA, à la villa des arts de Casablanca le 18 Octobre dernier, j'ai eu la chance de discuter quelques points qui me semblaient essentiels à la compréhension du marché local.

En effet, ayant préparé une présentation répondant à mes problématiques de Casablancaise de 28 ans, expatriée entre Paris et New York pendant près d'une décennie, et revenant au bercail avec un projet basé sur une étude de marché libéralisée et connectée ; j'ai appris plus que je n'ai pu donner à entreprendre.

S'il semble évident pour tous que le marché de l'art contemporain local ne peut survivre en étant exclus des scènes internationales, pourquoi est-il encore si compliqué de libéraliser notre économie ?

Excusez mon "jetlag" s'il se traduit en incrédulité de la situation de nos jeunes entreprises culturelles. Nous sommes en 2017, cela fait près de 30 ans que nos amis américains ont connu l'âge d'or des start-ups. Ces jeunes qui, du fin fond de leurs garages, ont rêvé de systèmes qui répondaient aux problématiques de leur temps. Ces révolutionnaires qui, sous leurs hoodies, t-shirts délavés ou colle-roulés ont changé à jamais nos façons de vivre et d'être présents dans le monde.

D'abord geeks, nerds, incompris et marginaux, puis visionnaires et maitres de l'économie mondiale. L'internaute marocain moyen est sur tous les réseaux sociaux. Il a donc accès au monde qu'il peut voir, commenter, liker et analyser, sans pour autant pouvoir y participer.

Oui, la conjoncture n'est pas la même. Et personne n'est fou au point d'oser le comparatif entre la 1ère puissance économique mondiale et notre royaume. Le Maroc me semble scindé d'un coté par un conservatisme économique hypocrite qui, par propagande populiste, donne l'impression que le peuple ne peut espérer de meilleures formations que de servir de main-d'oeuvre peu qualifiée et soumise à l'agenda économique post-colonial des délocalisations. D'un autre, ce nouveau discours d'un Maroc libéral, ou du moins celui qui justifie les millions dépensés dans des chantiers de "Moroccan silicon valley" et qui fait bonne presse dans les microcosmes financiers.

Comprenez ici que le bug n'est pas seulement dans la forme fondamentalement opposée de ces systèmes, mais aussi leurs fonds ; leur réalité pratique dans le Maroc contemporain. En théorie, le Maroc aurait dû se servir de la révolution numérique pour accroitre ses revenus. Aujourd'hui, n'importe qui avec une connexion internet peut créer son business, vendre en ligne et s'auto-promouvoir sur un marché mondial.

N'importe qui, sauf - les marocains qui n'ont pas MAD50 000 à donner au CMI (et ça fait beaucoup de marocains). Ou, ceux qui décident de lancer une start-up, pour se rendre compte qu'une simple "e-card" au nom d'une entreprise, n'est allouée par l'office des changes qu'aux happy few, après avoir justifié (en vidant les devises de nos comptes personnels) que ces achats sont, en fait, essentiels pour débuter une entreprise.

Nous sommes en 2017, donc, et je ne dis pas que tout ceci est impossible, seulement excessivement lent et procédural. Nous ne perdons pas seulement du temps et de l'argent, mais aussi des opportunités, de nouveaux marchés et des possibilités d'alignement. Ce retard de nos institutions condamne notre compétitivité et fait fuir nos talents.

L'art contemporain pourra dynamiser l'industrie culturelle au Maroc une fois que les acteurs culturels pourront disposer des mêmes droits et possibilités que leurs collègues dans le monde. Nous ne parlons pas d'utopie mais de mesures concrètes.

Les artistes doivent connaitre leurs droits, pour commencer. Réaliser qu'ils sont aujourd'hui des auto-entrepreneurs et qu'ils se sont émancipés du format qui les faisait dépendre d'une galerie. Encore que, cette dépendance n'a sur le marché local qu'une valeur symbolique.

Pour cette raison, nous proposerons une discussion autour des contrats d'artistes pendant les prochaines collectors nights, en plus de la présentation des cursus et pièces de l'exposition de Novembre, Fashion Imagery Group Show.

Nous vous attendons à la galerie pour les nocturnes AKA Collectors Nights afin de poursuive le débat le dimanche 12, lundi 20 et jeudi 30 novembre à partir de 19h30 et merci à tous pour vos feedbacks et soutiens !

 

Yasmine Laraqui est une artiste pluridisciplinaire née en 1989 à Casablanca. Après avoir obtenu un DNAP en arts multimedia aux Beaux-arts de Cergy-Paris, elle s’installe à New York où elle obtient un Master en vidéo et nouveaux media de la School Of Visual Arts en 2014.

Le travail de Yasmine Laraqui a été exposé en France, au Maroc, aux U.S, Hollande, Canada, Espagne et Chine lors d’expositions, foires et biennales, notamment à la biennale de Marrakech, Photo L.A, 1 54 Art fair et le Festival PhotoMed.

Yasmine créée 2 structures curatoriales entre 2010 et 2014, Youth's talking et Awiiily qui ont rassemblé près d'une quarantaine d'artistes pour 5 expositions entre Casablanca, Marrakech, Paris et Broolkyn.

Entre 2015 et 2017,Yasmine a travaillé en tant que commissaire indépendant et artiste multimedia avant d'ouvrir Dasthe Art Space en 2017 à Casablanca. Elle y anime les collectors nights trois soirs par mois afin de sensibiliser les nouvelles générations aux problématiques économiques des métiers d'arts.